Publié le par CHRISTIAN DEVILLE-CAVELLIN
Villefort
Te souviens-tu du mois de mai à Villefort ?
La découverte de ce petit bourg de Lozère niché au creux de la vallée ?
Te souviens-tu de l'excitation générale lors de l'installation de nos vélos bien bichonnés, du rangement de nos petites affaires personnelles, de nos petits rituels dès le premier soir ?
Te souviens-tu de l'âpreté du climat de Lozère, cette semaine-là, dès les 1000 m d'altitude ?
Et comme les genêts éclatants éclairaient le ciel bas et lourd sur les plateaux désolés ?
Te souviens-tu comment, au premier rayon du soleil, la montagne devenait celle de Jean Ferrat ?
Celle que beaucoup ont quittée pour la ville et qui pourtant est si belle ?
Te souviens-tu des odeurs sucrées des acacias en fleurs vers les Vans, du bois de Païolive et de ses blocs calcaires tout chamboulés ?
De l'odeur forte des genêts ? Des blocs de granit posés par des mains de géant joueurs, çà et là sur la montagne ?
Te souviens-tu de nos départs le matin par petits groupes, rutilants dans nos maillots bleus, prêts pour certains à en découdre, pour d'autres à contempler ?
Te souviens-tu des quelques passages à 15 % debout sur les pédales ?
Des longues montées douces dans les cols qui invitaient à jouer avec la pente ? Des descentes sur les belles routes, à cheval sur trois départements : Gard, Ardèche et Lozère ?
Te souviens-tu de toutes ces gorges où nous filions le long de la rivière, sur de petites routes en corniche ?
Te souviens-tu des repas délicieux qui nous attendaient le soir et où nous nous précipitions comme des affamés sur les bons produits du terroir ?
Te souviens-tu de ce mardi tragique où nous avons entendu pour la dernière fois la voix de Nicolas s'élever pour une petite mise au point au petit déjeuner ?
Te souviens-tu du sentiment d'écrasement ressenti au retour de la virée du jour, lorsque nous avons appris que nous ne le verrions plus jamais ? Qu'il était resté couché au bord d'une de ces routes et que tous les efforts pour le ramener vers la vie ont échoué ?
Te souviens-tu de ce sentiment de tragique, d'absurde, de tristesse et d'incompréhension qui nous a saisi ?
Te souviens-tu de la force et de la dignité de Martine qui était impressionnante de douleur calme, parmi nous qui ne savions quoi dire, quoi faire ?
Te souviens-tu de son départ dans la nuit après une journée à attendre de savoir comment rentrer vers des bras amis, des enfants qui partageraient cette absence tombée comme un gouffre ?
Ce séjour de Villefort, c'était la joie, les sensations fortes d'un espace rude et beau et le couperet de la vie qui décide qui peut continuer ou pas à explorer ces chemins.
Mireille Grevou
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